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lundi 12 novembre 2012

Entre le 9 et le 14 novembre

Chez Ullstein,
En 2001
264 pages
Genre autobiographique

Cela fait des années que ce livre traine ses guettres sur ma PAL. Je l'avais acheté à Strasbourg (c'est dire si ça date) juste après mes études de traduction et mon mémoire sur Carola Stern (dont c'eût été l'anniversaire dans deux jours). Et oui, Manfred Krug et l'auteur de Doppelleben ont eu une histoire mouvementée avec le régime de l'ex RDA.

C'est à la suite d'un évèment privé que j'eus envie de découvrir, enfin, ce livre: Souvenez-vous que ma comparse toulousaine tenait ce petit café, (à la place, vous pouvez vous goinfrer de cup cakes dégueulasses bien gras et bien sucrés dans une ambiance rose bonbon...) où Manfred Krug, habitant de Berlin Charlottenburg, vint un jour de printemps. Il commanda un café de façon hautaine: "est ce que vous faites du café allemand?". Ma comparse ne se laissa pas démonter et lui servit son café en disant "Und ein Kaffee für den Mann, ein deutsches Kaffee". Mais Krug, le bourru, titulaire de la Berliner Schnautze (la grande gueule berlinoise), se révéla bien sympatique tout de même en payant le café d'un client difficile, parti sans règler sa note... Je me demande s'il a goûté aux cup cakes et ce qu'il en a pensé...

Abgehauen, participe passé du verbe abhauen qui signifie partir, se faire la malle, mais aussi s'expatrier de l'est vers l'ouest dans le jargon de l'époque en RDA. De ce fait, si l'on traduisait le titre par "parti" ou "Je me suis barré" on aurait de gros problèmes de perte sémantique voire, pour la deuxième proposition, de niveau de langue. "En cavale" serait presque approprié mais on a toujours cette perte sémantique (l'expatriation vers l'ouest) et puis être en cavale signifie, à mon sens, être toujours sur les routes, ce qui n'est pas le cas ici. Mettre les voiles, pareil. Alors pourrait-on imaginer "Les voiles vers l'ouest"; "D'est en ouest" "Cap vers l'ouest"? Quel dommage. Le titre allemand est court, sans appel, tranchant. En français, on passe par des périphrases, on perd... C'est le grand dilème des traducteurs, que je salue au passage... Personne ne s'est dévoué pour ce livre de Krug... Est-ce qu' "Exilés" pourrait être un bon titre en français?

Trève de considérations traductologiques, passons à notre auteur. Manfred Krug: acteur, écrivain et chanteur né à Duisburg en 1937. il a joué dans plusieurs épisodes de Tatort (sisi en France, la série existe, elle aussi). Juste après la Seconde guerre mondiale et le divorce de ses parents, il part vivre avec son père en RDA. Dans son livre, best seller autobiographique, Krug raconte son mal de vivre en RDA provoqué surtout par l'expatriation forcée de Wolf Biermann, un acteur subversif aux yeux de l'Etat, le 16 novembre 1976. Suite à cela des artistes et des intellectuels, dont Krug, signent une pétition pour le rappatriement de l'acteur. Ils se réunissent alors avec des membres du ministère de la culture pour les convaincre de rappatrier Wolf Biermann. Krug enregistre l'évènement et prend ainsi un énorme risque. Cette table ronde fait l'objet de la première partie de l'ouvrage.

Dans la deuxième partie, on découvre le journal intime de Krug entre le 19 avril 77, date à laquelle il remet à l'administration, une lettre d'expatriation vers la RFA et le 20 juin 77, la date de son départ. Il relate les diverses visites qu'il reçoit chez lui et les débats sur le régime communiste. La façon dont le ministère de la culture lui coupait l'arbre sous le pied, essayant de le museler, après la signature de la pétition pour Biermann; cette impression d'être constamment écouté, épié et observé, jusqu'à prendre ses meilleurs amis pour des agents de la Stasi: un univers étouffant où reigne la paranoia.

La dernière partie est constituée de documents de la Stasi sur les moindres faits et gestes de Krug avant son départ!

Pour les germanistes et germanophone, je vous recommande chaleureusement ce livre porté à l'écran en 1996 par Franz Beyer...

vendredi 19 octobre 2012

Le Perou

Titre original: El hablador,
1987,
Chez Suhrkamp,
En 1990,
Traduit de l'allemand par Elke Wehr,
320 pages

Le narrateur est à Florence pour prendre de la distance par rapport à sa vie et à ses origines. Ironie du sort, il voit en vitrine, une exposition de photo sur le Pérou, son pays d'origine et sur les Machinguengas, une tribu d'Amazonie. Suite à cela, le narrateur décide d'écrire un livre sur son ancien ami Saul, surnomé Mascaritas à cause de la tâche de vin sur son visage, qui avait à coeur de protéger cette population menacée. On se retrouve emporté d'abord par l'histoire d'une amitié qui s'est étiolée au fil des années - Saul et le narrateur, se déchiraient sur la façon de préserver les Machinguengas - puis par les expériences du narrateur avec la tribu et les protestants désireux de la protéger des dangers des autres populations et de la dispersion en créant des villages. Ces récits sont entrecoupés par la voix de "l'homme qui parle", le conteur véhiculant l'imaginaire et la sagesse Machinguengas à travers des récits qui duraient des nuits entières... On entre alors au coeur de la mythologie de ce peuple mystérieux, en accord avec la nature, toujours obligé de fuire et de se séparer pour se protéger...

Comment ce livre s'est-il retrouvé sur ma PAL? Tous les ans, à Vienne, plusieurs exemplaires d'un des livres écrit par un prix Nobel de littérature sont distribués gratuitement. L'année dernière, Wowereit, le maire de Berlin, dans sa grande bonté, s'est prêté au jeu et a procédé à la distribution dans notre ville. C'est ainsi que ma comparse toulousaine a pioché dans la distribution et j'en ai reçu un volume.

Je me suis dit: "oh un livre sur le Pérou, cela va me changer un peu de mes lectures sur la seconde guerre mondiales, sur l'holocaust et les Juifs". Et bien figurez-vous que même au fin fond de l'Amazonie, les Juifs sont à l'honneur. Déjà, on apprend que Saul est fana de Kafka, que son père est converti au judaisme et surtout, que le peuple des Machinguengas présente des points communs avec les Juifs: sans cesse obligés de fuir et de se séparer en diverses "diasporas" pour éviter les nombreuses menaces...

C'est un roman brillant, à l'écriture fluide précise, mais certains passages sur la mythologie ont eu raison de moi à un certain moment, si bien que j'ai dû interrompre ma lecture au profit d'une série de livres en français, histoire de faire une pause. Ce fut avec un immense plaisir que j'ai repris ma lecture à un passage plus concret, plus compréhensible et que j'ai senti les noeuds de l'énigme (oui, le roman est énigmatique à certains endroits) se détacher. J'ai été touché par la sagesse et la proximité avec la nature de ce peuple "primitif".

À la fin du livre, on peut lire le discours touchant de Llosa à la remise du prix Nobel. On y apprend sa relation avec la littérature depuis son enfance et ce qu'elle représente pour lui : un pont entre les cultures et les habitudes les plus diverses. 

La traduction française par Albert Bensoussan existe sous le titre "L'homme qui parle", pas d'excuse ;-)

mercredi 17 octobre 2012

L'unité du monde #2

Titre original:
The Dharms Bums,
En 1958,
Chez Gallimard,
En 1963,
Traduit de l'anglais par Marc Saporta.

Ray promène sa bosse, rencontre les poètes et les artistes les plus lofoques de San Fransisco, se livre à des orgies et surtout se sent proche de la philosophie boudhiste. Tous ces originaux cherchent à se démarquer de la société de consommation et se définissent ainsi comme des "clochards célestes": leur richesse ne se définit pas par leurs biens matériels, quasiment inexistants, mais par leur spiritualité. C'est ainsi que son meilleur ami, Japhy et lui décident d'escalader la montagne à la frontière du Canada, escortés par un alpiniste complètement frappé. Ray restera en haut de la montagne pour travailler comme forestier et avoir en échange le gîte, mais surtout pour connaître la pleine communion avec la nature. Voici un extrait qui l'illustre:

"Les arbres produisent toujours une impression familière, on dirait le visage d'un parent disparu depuis longtemps et qu'on revoit comme dans un vieux rêvec; une bribe de chanson oubliée qui dérive à la surface des eaux; cela ressemble à l'éternité dorée de l'enfance [...] cela fait penser à toutes les vies et à toutes les morts et à toutes les peines survenues il y a un million d'années; et les muages qui passent semblent en porter témoignage, familiers et solidaires." p.99. Je ne suis pas la seule à penser que les arbres parlent. ^^

J'ai beaucoup aimé ce roman, road movie, road novel, qui m'a un peu fait penser au film into the wild. J'ai apprécié cette recherche d'une nouvelle philosophie, d'une liberté, de la proximité avec la nature.
On retrouve dans Les clochards célestes une idée qu'évoque Daniel Odier dans Désirs, Passions et spiritualité: vouloir posséder des objets et des êtres, et par extension, la société de consommation, contribue à l'alliénation de l'être humain.

vendredi 12 octobre 2012

L'unité du monde

Chez Lattès,
En 1999,
232 pages

Comment se distancer de notre envie de posséder une personne, un objet? Comment faire fi de son égo et de la société de consommation? Comment accéder au nirvâna à travers l'amour et la sexualité?

Daniel Odier nous propose ici des méthodes pour savourer pleinement chaque moment de l'existence, pour être "présent au monde" et ainsi dénouer les travers de notre égo et atteindre l'unité de l'être. Ces procédés hédonistes correspondent à la philosophie du tantrisme shivaite qui considère l'être humain comme une entitié du monde. Outre les exercices sur les 5, voire les 6 sens, l'auteur partage son expérience avec la yoginî Lalitâ Devî qui lui a montré la voie vers la félicité spirituelle par le biais la sexualité.

Je vous recommande chaleureusement ce volume lumineux, appaisant lors de moments difficiles et vous dévoile quelques passages savoureux:

"Lorsque vous vous abreuvez de plus en plus à votre propre fontaine, il n'y a plus d'insatisfaction, il n'y a donc plus de demande extérieure car c'est l'ensemble de la vie qui vous apporte le frémissement amoureux. Il n'y a plus alors de manque à combler car l'intensité sans retenue de votre désir qui vous comble et non plus l'idée de posséder, de séduire, de combler un vide, de nourrir votre insatisfaction." p. 133-134

Très belle phrase qui annonce que la vie et la spiritualité m'a pas besoin de dogme pour se réaliser:

"Si l'on a la chance d'être allergique à la soumission, aux formes, aux dogmes, aux croyances, à l'infaillibilité, à l'idée de former une famille artificielle isolée de la société et qu'on désir avant tout vivre la vie en profondeur, parfaitement intégrée à la société, alors le tantra a quelque chose de merveilleux à apporter" p. 194.

À lire et à relire.

lundi 8 octobre 2012

Imagine

Chez J'ai lu
En 2012
Première édition chez Plon, 
En 2010
222 pages

Allongez-vous sur le divan disait un David Foenkinos très inspiré au très célèbre John Lennon souhaitant cesser sa carrière. Le roman s'articule autour de 18 séances dans lesquel le célèbre musicien décortique son besoin d'amour. Il raconte son enfance cahotique, entre deux abandons, le début de la célébrité des quatres jeunes hommes dans le vent, musiciens à l'apparence proprette déchaînant les foules. Mais derrière cette image lisse et pacifiste, des Beattles et de John Lennon, se cache énormément de violence émotionnelle, d'insatisfaction, qu'on essaye de taire avec la drogue et l'alcool, voire la débauche.
Foenkinos nous en apprend beaucoup sur ce groupe mythique, sur John Lennon et son histoire passionnée avec Yoko Ono... Il nous fait voyager à travers son style et sa propre sensibilité au coeur des émotions du chanteur mythique décédé bien trop jeune, tuée par un fan dément.Quel dommage, j'aimais beaucoup John, surtout sa chanson Imagine qui me rappelle toujours des moments avec mon frère et mes cousins. J'aurais bien voulu savoir comment il aurait percu *les cédilles sont aux oubliettes sur un ordi portable allemand...* la société d'aujourd'hui, aurait-il écrit une chanson sur l'Islamisme extrémiste? Sur le 11 septembre?

Ce livre, lorsque je en lisais des articles sur les blogs, ne m'intéressait pas trop... Je n'avais pas forcément envie de le lire. C'est grace á une soirée littéraire, organisée par mes soins - hihi - qu'il s'est imposé à moi, et je n'en regrette absolument pas la lecture: c'est un roman riche, sensible et inspiré du quel pointe la patte de Foenkinos (l'allusion aux films suédois, son humour) et je pense très bien documenté : on apprend beaucoup de choses sur la célébrité et l'une des nombreuses façons de la vivre, ainsi que sur la création musicale. J'ai adoré ces descriptions sur la complicité musicale entre John et Paul, "s'inspirer mutuellement sans s'influencer". Cela m'a directement rappelé le groupe que j'avais à Strasbourg et celle avec qui je l'avait fondé. C'était incroyable cette complémentarité: très souvent elle écrivait les textes, et moi, les mélodies, les voix s'accordaient à merveille. On ne serait pas devenus les Beattle, je ne sais pas si on en avait l'envergure, mais en tout cas j'ai passé quelques uns des meilleurs moments de ma vie grâce à ce groupe. *nostalgie*

jeudi 4 octobre 2012

Court mais intense

Chez Pocket,
En 2006,
Première parution en 1999,
155 pages

En attendant les fameuses photos, voici un livre lu très rapidement pendant les vacances, genre en deux, trois soirs. Le pauvre exemplaire reposait dans des cartons de livres bons marchés du vieux Lyon, alors je n'ai pas héstité une seconde. Il m'est sauté dans les mains. Cela faisait un bon bout de temps que j'avais envie de lire l'histoire de Claire. Paralysée depuis la disparition de son frère, Loic, elle vit une vie monotone, ponctuée d'aventures sans lendemain et peine à se créer un cercle d'amis: en révèlant son métier, caissière, lors de soirées, elle voit ses interlocuteurs se détourner d'elle... (La société de castes existe bel et bien, encore de nos jours).

Elle vivait une relation fusionnelle avec Loic, et ce dernier s'est enfuit de la maison à la suite d'une dispute avec leur père alors qu'il n'avait que 18 ans. Depuis, Claire reçoit ses cartes postales de différents endroits sur lesquelles il est tout simplement écrit : "je vais bien, je t'aime" ou "ne t'en fais pas je vais bien," ou encore "je ne reviendrai pas, mais je vais bien"... À la reception d'une carte de Portbail, en Normandie, Claire décide de se mettre à la recherche de son frère...  Je n'en dirai pas plus, au risque de vous faire perdre le suspens... J'ai aimé le style percutant d'Olivier Adam, des phrases courtes qui en disent tellement sur les non-dits, la monotonie de la vie de cette jeune caissière, sur ses émotions. Une vie qui semble insignifiante mais qui cependant cache un lourd secret... La fin m'a, par contre, laissée sur ma faim: je l'ai trouvé assez confuse et lors de mes divagations sur la toile, j'ai constaté que je ne suis pas la seule à être de cet avis.

Je n'ai pas vu le film mais la musique du groupe Aaron fait partie du film de ma vie.

lundi 30 juillet 2012

Roman noir

En 1950
Chez Diogenes
118 pages

Voici un livre, pourtant tout fin, dans lequel j'ai eu du mal à me plonger mais qui s'est révélé être un régal les derniers soirs de lecture et tout particulièrement hier vers 23:30, à la dernière page. Un véritable coup de maître, cette chute!

Mais de quoi parle ce roman policier qui n'en est pas tout à fait un? Dans le Jura suisse profond, Schmied, élément brillant de la police est retrouvé inanimé dans sa voiture. En smoking, il revenait d'une soirée mondaine organisée par un romancier particulièrement sardonique. Le cercle se réunissait chez un certain Gastmann, qui prêtait sa propriété pour l'occasion. L'affaire est confiée au commissaire Bärlach, qui, vieux et malade, fait appel à Tschanz, un collègue du défunt, pour l'aider dans l'enquête. Leur entente semble harmonieuse et le jeune Tschanz est ambitieux. Bärlach n'en a pas terminé avec Gastmann: tous les deux se sont rencontrés lors d'un séminaire à Istambul. Gastmann a tué un homme ruiné si bien que cet acte a pu être déguisé en suicide et le meurtrier, acquitté. Les deux jeunes gens ont fait le pari que ce dernier ne sera jamais condamné pour ses crimes...

Le vieux commissaire semble fragile car condamné à mourir dans un an... Il n'en reste pas moins un homme aigri et cynique à l'intelligence redoutable qui connaît le meurtrier de Schmied dès le départ et tire les ficelles comme il l'entend...

Je vous recommande vivement la lecture de ce roman sarcastique et brillant, dans lequel Dürrenmatt se moque allègrement du genre policier. On y retrouve l'humour noir présent dans sa pièce de théâtre La visite de la vielle dame. Vous trouverez la traduction française disponible sous le titre Le juge et son bourreau n'hésitez pas une seconde!

samedi 21 juillet 2012

Pour ne jamais oublier

Chez Folio,
En 1988,
Première parution en 1958,
Écrit entre 1945 et  1947
Postface, en 1976
Traduit de l'italien par Martine Schruoffeneger
314 pages

Primo Levi raconte dans ce livre, sa vie dans les camps d'Auschwitz et Monowitz dans le fin fond de la Silésie, depuis son arrivée par le train (qu'on pourrait plutôt qualifier de wagons à bestiaux) jusqu'à sa sortie en 1945. Une vie où la solidarité n'a pas droit de cité, où chacun se bat pour sa propre survie, marchande, se fait voler le moindre équipement. Une vie de lourd labeur, d'humiliation, de froid, de faim, d'horreur. Un état entre la résignation et la volonté de s'accrocher au peu d'humanité qu'il reste dans l'âme.

De cette vie dans les camps de concentration, Levi en fait une étude sociologique, sans pathos, froidement, comme la dissection des hommes et de leur comportement face à l'enfermement dans les KZ. Cette objectivité rend le récit encore plus poignant si bien qu'à certains moments, on a presqu'envie de renfermer le livre dans lequel on se replonge l'instant d'après. On en fait des rêves étranges de poux, de couchettes, de sélection. On secoue la tête et on se révolte en pensant qu'il existe des négationnistes et l'on crie intérieurement: "Mais comment ont-il pu affirmer que les camps n'ont pas existé?" Si c'est un homme, un livre indispensable pour ne jamais oublier...

Voici l'un des passages qui m'a le plus marquée et qui illustre ce que je disais dans mon précédent paragraphe : "[...] aussi pourra-t-on se demander si l'on doit prendre en considération un épisode aussi exceptionnel de la condition humaine, et s'il est bon d'en conserver le souvenir. 
Eh bien nous avons l'intime conviction que la réponse est oui. Nous sommes persuadés en effet qu'aucune expérience humaine n'est dénuée de sens ni indigne d'analyse, et que bien au contraire l'univers particulier que nous décrivons ici peut servir à mettre en évidence des valeurs fondamentales, sinon toujours positives. Nous voudrions faire observer à quel point le Lager a été, aussi et à bien des égards, une gigantesque expérience biologique et sociale." (p.133)

vendredi 13 juillet 2012

Une drôle d'amitié

Chez Folio,
En 1978
Première édition en 1978
Traduit de l'anglais par Léo Lack
Introduction par Arthur Köstler
122 pages

Stuttgart. Hans Scharz, le narrateur, fils d'un médecin juif, se lie d'amitié avec le nouvel élève, Conrad von Hohenfels issue de la noblesse. À l'arrivée d'Hitler, l'ambiance change complètement dans la classe. Hans devient alors victime de brimades et d'humiliations. Son père décide ainsi de l'envoyer aux État-Unis chez un oncle où il pourra poursuivre une scolarité normale et entammer une carrière brillante. Bien des années plus tard, Hans reçoit une lettre concernant son ami Conrad...

Plus qu'une histoire d'amitié, les effets du nazisme sur la population sont ici abordés. On constate le changement radical d'attitudes des élèves face à Hans tout cela à cause de ses origines juives. Ironie du sort d'autant plus que son père a combattu pour l'Allemagne durant la première guerre mondiale. Les idées nazies agissent sur le peuple comme un virus modifiant leur manière d'être et leurs valeurs. C'est ce qu'évoque le père d'Hans, confiant, lorsqu'un sioniste vient lui rendre visite: "Ce n'est qu'une maladie passagère, quelque chose comme une rougeole, qui disparaîtra dès que s'améliorera la situation économique. Croyez vous vraiment que les compatriotes de Goethe et de Schiller, de Kant et de Beethoven, se laisseront prendre à cette foutaise? Comment osez-vous insulter la mémoire de 12 000 Juifs qui sont mort pour motre pays? Für unsere Heimat?" (p. 65-66)

C'est un livre, touchant, très rapide à lire. Je l'ai lu en une soirée pendant mes vacances. Dans une langue simple, le narrateur décrit une amitié contrariée et l'impact que les idées nazies ont eu sur elle. Je trouve que ce roman pourrait aisément se ranger dans la catégorie jeunesse.

mardi 10 juillet 2012

Kertesz: "Ich bin ein Berliner"

En écrivant mon billet sur Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas, j'ai surfé un peu et je suis tombée sur cette interview (elle date d'il y a 4ans) de l'auteur avec die Welt Online.


Voici les propos de Kertesz: "J'aime les grandes villes, et donc, ma place n'est pas à Budapest mais à Berlin." Il dit que Berlin est la métropole la plus musicienne et que c'est ce qui fait qu'elle le fascine et qu'il vit ici depuis 2000. "A Budapest, il me fallait aller avec mon transistor dans la salle de bain pour pouvoir écouter de la musique.  Ici, on a trois opéras et une Philharmonie fabuleuse. Ce sont des conditions de rêves pour les amateurs de musique. Et puis cette atmosphère à la fois urbaine et paisible, surtout ici à Charlottenburg (ahah! Kertesz habiterait-il à Charlottenburg ou a-t-il répondu aux questions dans ce quartier?). Dès qu'il fait beau, les gens vont dehors, en terrasse. Ils y lisent, y mangent et boivent, y flirtent. En été, Berlin ressemble à un centre de wellness, à un sauna où il fait bon vivre. Chacun fait ce qui lui plaît, le plus normalement du monde. Il n'y a pas de stress, pas d'agressivité. Les gens sont aimables entre eux et envers moi, c'est ce que j'ai ressenti quand je suis arrivé et ça n'a pas changé aujourd'hui."

Voici comme il parle de Budapest qui semble joyeuse et colorée : "Ce n'est qu'une apparence, un attrappe- touriste. J'y ai passé dix jours récemment et la situation n'a pas cessé de se dégrader en 10ans. L'extrême doite et les fascistes sont très influents. Les anciens vices de la Hongrie, l'hypocrisie, le penchant pour le refoulement, prospèrent plus que jamais. La Hongie et la gueurre, la Hongrie et le fascisme, la Hongrie et le socialisme, on ne se préoccupe pas de ces thématiques pour les dépasser, on se contente seulement de les masquer avec de jolies couleurs."

Puis il parle de la littérature hongroise qui le "rend malade" à quelques exceptions près, de son aversion pour le communautarisme, même juif : "le Klezmer est ennuyeux", du totalitarisme qui n'est guère mieux que le nazisme. Il dit que son oeuvre n'est pas à ranger dans la littérature de l'holocauste mais elle est le témoignage d'une expérience unique. Il avoue être très influencé par Thomas Mann (oh j'aurais cru par Kafka...), qu'il est tel son écriture: ironique et sarcastique.

J'ai été particulièrement satisfaite de voir l'un de mes auteurs préférés vivre dans ma ville et en plus l'aimer lui aussi!

lundi 9 juillet 2012

La littérature allemande fait son théâtre

Chez Diogenes
En 1955 
nouvelle édition en 1980 avec une postface de l'auteur,
155 pages

Voici un livre qui est sur ma PAL depuis -oh attends, laisse moi réfléchir, je devais être en Licence ou en deuxième année de fac, ce livre était dans une liste de livres conseillés et je ne l'ai lu que lorsque j'étais en vacances...- Oui il y a des livres comme ça qui traînent sur la PAl depuis près d'une décennie.

Celui-ci est assez rapide à lire vu que c'est du théâtre. En revanche, on pourrait en faire une assez longue analyse, voire une étude. Je ne m'étonne pas de l'avoir vu sur une liste universitaire de livres.

Les habitants de Güllen, une petite ville pour le moins ruinée, attendent la visite d'une ancienne habitante devenue milliardaire grâce à l'un de ses nombreux mariages, Claire Zachanassian. Elle est la seule capable de tirer le village de la faillite. Dans le second acte, on la voit débarquer du train accompagnée de 4 valets de chambre et de son fiancé qu'elle quittera au cours de la pièce... Cette dame assez âgée et plus qu'excentrique décidera d'aider les habitants de Güllen à une condition: tuer Alfred Ill, commerçant sur le point de devenir le nouveau maire, qui l'a laissée tomber il y a très longtemps alors qu'elle était enceinte de lui. 

On voit à quel point les habitants se retournent contre Alfred, très populaire avant l'arrivée de Claire. Leur  voltes-face et leurs comportements contradictoires distillent une impression d'enfermement angoissante à la limite de la torture psychologique. Doit-on y voir la cupidité des gens prêt à tuer l'un des leurs pour de l'argent? Ou la vengeance d'une femme envers un homme qui a détruit sa jeunesse? Je vous avoue que j'ai été rebellée devant autant de cupidité de la part des gens et assez désolée de constater à quel point ils peuvent se transformer en girouette pour de l'argent. Je n'ai pu m'empêcher d'établir des parallèles entre cette pièce et notre monde, toutes époques confondues.

J'ai apprécié l'humour noir présent dans Der Besuch der alten Dame, l'absurde et le ridicule de certaines situations. Par exemple: à un moment, où l'on parle de la mort éventuelle d'Alfred, une jeune fille court sur la scène presque dénudée; l'instituteur qui a trop bu et qui tient des propos contradictoires; le côté minimaliste de la mise en scène évoquée dans les didascalies - on peut prendre des acteurs pour représenter une forêt, se servir du même acteur pour les divers fiancés et maris de la vieille dame...- Cette distance par rapport au déroulement a pour but de donner au lecteur ou au spectateur le choix d'effectuer son propre jugement. Rien n'est pris vraiment au sérieux contrairement à la plupart des pièces classiques. Ainsi ce livre nous amène à réfléchir sur la condition humaine tout en se divertissant, un régal.

Ce livre est disponible en français, malheureusement, je ne connais pas le nom du ou des traducteurs, il exister plusieurs traductions et adaptations, vous avez l'embarras du choix ;-)

vendredi 6 juillet 2012

Les doigts de pied en éventail

Quoi! o_O! je ne vous ai pas encore raconté mes vacances!!! Mais c'est une honte, je sais! Il faut dire que je suis retournée dans mon fief et que donc je n'ai pas pris beaucoup de photos. D'accord, j'aurais pu prendre l'ancien site de métaleurope, le centre commercial d'Auchan Noyelles - énorme avec plein de ronds points que même aux States pas sûr qu'il y ait des centres commerciaux aussi grands - , les terrils, les corons rénovés de chez mes grands-parents. D'autant plus que le Bassin Minier est désormais au patrimoine de l'UNESCO!!!) Pour de plus amples infos, vous pouvez aussi aller voir chez le Chti ;-).

C'était des vacances fareniente en mode petite princesse, family and old friends!! Ca fait du bien. Outre manger, papoter, faire un peu de cuisine, du shopping - soldes obligent - j'ai surtout pas mal lu. 3 bouquins en une semaine, ça change de mon rythme de tortue habituel. Cela dit, ce sont 3 petits livres qui se lisent rapidement. Je commence avec le premier:


Chez Stock
En 1990
Première édition en 1949
Du Japonais par Sadamichi Yokoo , Sanford Goldstein et Gisèle Bernier
87 pages
coup de ♥

Le narrateur envoie un poème à une revue sur la chasse, activité qui ne l'intéresse pas du tout, pour renouer avec son ancien ami journaliste. Il se passe des semaines voire des mois sans que rien ne se passe, jusqu'au jour où il reçoit la lettre admirative de Josuke. Ce dernier dit avoir été  touché en plein coeur par ce poème et s'y reconnaître trait pour trait. Il joint à sa missive trois lettres qu'il a reçues de trois femmes: Shoko, Midori et Saiko. C'est à travers cette correspondence que l'on découvre une histoire d'adultère: Josuke est marié avec Midori mais entretient des relations extraconjugales avec Saiko, un amour interdit, extraordinaire et déstructeur. Midori a passé des années sans rien dire après avoir aperçu les deux amants ensemble près de la plage... La lecture des journaux de sa mère Saiko, a laissé Shoko complètement désemparée, lui arrachant toutes ses illusions sur l'amour. Chacune des trois femmes présentent avec tour à tour révolte, tristesse; désinvolture, rancoeur et mélancolie implacable leur vision très personnelle du sentiment amoureux.

A première vue, on s'attend à une lecture très rapide, à un petit roman inofensif. Il en est tout autrement! Il faut à l'occasion reposer le livre pour réfléchir, s'impreigner des mots qui, tout en finesse, agissent comme un véritable séisme au plus profond de l'âme.

Voici deux passages:
Dans la préface écrite par Linda Lê: "Qu'est ce que l'amour, sinon la rencontre d'un chasseur et d'un miroir? Le miroir se brise, le chasseur ne tire que sur son propre reflet" (Tout au début du livre)

Saiko: "[...] je conserve la vision de ce bateau dont les flemmes brillaient dans l'obscurité. Ce que je vis, cette nuit là, à la surface de la mer, n'était sans doute, que le supplice aussi bref que pathétique d'une femme consumée par les feux de l'amour" (page 69).

Je vous recommande vivement cette tragédie bouleversante portée par une langue sobre, fluide et emprunte de symbolisme si vous ne l'avez pas encore lue.

mardi 3 juillet 2012

Book Party

Comme les PAL sont des animaux très gourmands et adorent les petites surprises, -  tu sais, ces livres qui s'intercallent parce qu'on te les prête ou que tu empruntes parce que tu meurs d'envie de les lire - on organise une "Book party". C'est la fête du slip des livres:
On s'est réunies entre 5 copines qui parlent allemand et on a grignotté des antispastis en causant littérature un ptit peu. Voici la liste des livres:
  • Ernest Hemingway - Der Garten Eden (traduit par Werner Schmitz )
  • Jill Smolinski - Die wunschliste (The next thing on my list - traduit par Andrea Stumpf und Gabriele Werbeck)
  • Michel Houellebecq - La possibilité d'une île (traduction allemande par Uli Wittmann)
  • Lauren Weisberger - Der Teufel trägt Prada (traduit par Regina Rawlinson et Martina Tichy
  • Les deux que je vous ai présentés là et ici.
  • Et puis:
En 2007
Chez Piper,
380 pages

Vous pouvez trouver la traduction française de François Matthieu sous le titre Le Maître des Chrecques - pas d'excuse ;-)

Walter Moers a entrepris de traduire les oeuvres de Hildegunst von Mythenmetz qui relate les histoires de Zamonie, continent aux phénomènes et animaux plus étranges les uns que les autres. Der Schrecksenmeister est le 5 ème roman de la série.

Echo, petit chat qui parle toute les langues et possède deux foies, se retrouve à la rue depuis la mort de sa maîtresse. C'est alors qu'il rencontre Eisspin, le maître des Chrecques, alchimiste qui sème la terreur dans la petite ville de Sledwaya, la plus insalubre de Zamonie. Eisspin propose au mistigriffe affamé un pacte: le nourrir pendant un mois des mets les plus succulents en échange de sa vie et de sa graisse, le seul ingrédient manquant qui lui permettra peut-être de réaliser une recette pour le moins étrange.

Pendant un mois, Echo goûtera aux plats les plus délicieux, vivra les expériences les plus palpitantes et assistera aux préparations alchimiques les plus bizarres. Mais, bien conscient de la cruauté d'Esspin, il cherchera de l'aide pour rompre le pacte...

Quel régal de rebondissements, de dépaysement, de créativité, cullinaire notamment, même si les mets sont étranges, ils donnent envie tant ils ont l'air raffinés et surtout gargantuesques. Biensûr, on retrouve les recettes, je suis puis dire, du fantastique au XIXème siècle: le pacte avec le diable, "l'homme" qui se pose comme alchimiste créateur... (voire le Golem, ou Frankenstein). Mais il ne s'agit pas de fantastique ici, mais de "fantaisy"... (Cela me tente d'écrire un jour un billet sur les frontières du fantastique... Qu'est ce qu'un roman fantastique, qu'est ce qu'un conte, quelle est la différence entre les deux...)

Allez faire un petit tour par ici, rien que pour les illustrations, réalisées par Walter Moers, lui-même!

Peut-être que je vais empunter encore "Wunschliste" et la possibilité d'une île mais en français. (il se trouve sur la LAL).

dimanche 3 juin 2012

Un peu déçue...


En 2011,
Chez Folio,
210 pages

Porté à l'écran, courronné de plusieurs prix, ce roman est un pavé dans la marre, et quand je l'ai vu dans la bibliothèque d'une amie française qui m'en faisait les plus chaleureuses éloges, je n'ai pas pu m'empêcher de lui emprunter.
Nathalie vit une histoire d'amour idéale avec François, ils s'installent ensemble et se marient. 7 ans plus tard, le jeune homme se fait renverser par une camionnette alors qu'il faisait son jogging. Nathalie reste prostrée pendant plusieurs années, et passe par les divers stades du deuil: déprime, repli sur soi, plongeon dans le travail, puis regain de vie. Elle embrasse alors l'un des membres de l'équipe qu'elle dirige, Markus, un Suédois sans substance, apparement. Markus est un peu comme le roman: fade en apparence mais à l'humour fin parfois loufoque et à la sensibilité plus que palpable. Seulement, même si le roman contient le même humour que dans Nos séparations, il m'a beaucoup moins touchée même si l'espoir d'un nouvel amour après la mort de l'être aimé est un très beau thème, plein d'espoir. Les scènes sont parfois trop rocambolesques voire capillotracté (j'adore cette expression). J'ai eu l'impression, en exagérant un peu, d'un roman écrit sur le genou entre 12 et 14...

samedi 2 juin 2012

Un petit roman d'hum heu d'amour

Chez Folio,
En 2010
218 Pages

Shabadabada shabadabada... Alice et Fritz, Paul et Virginie, Fritz et Sonia, Fritz et Iris, Fritz et Celine, mais aussi et peut-être Carole et Roman... Des histoires d'amours et surtout de séparations. Alice et Fritz se séparent puis se retrouvent puis se séparent à nouveau, on se croirait dans une valse un peu folle. Le roman présente un chapelet de clichés amoureux suptilement parsemés d'un humour fin, délicat, perçant, mélancolique, touchant. La description détaillée et pertinante de micro détails qui font tout le charme d'une personne, d'un instant, d'une rencontre et l'on oublie le côté "bateau" de la narration.Un roman qui peut se lire quasiment sur un trajet Berlin-Dessau et qui est très distrayant. Rien que les prénoms on l'air de blague ou de clins d'oeil, Iris, Paul et Virginie, Fritz...

Même si j'ai été au début très agacée par l'attitude étriquée d'Alice et celle, passive, de Fritz et je me suis attachée à eux, à leur histoire et leur douleur. Je me suis, à certains endroits, imaginée au cinéma devant un film construit un peu comme l'Auberge espagnole. (moi et mes associations trèèèèèès personnelles), j'ai éprouvé énormément de tendresse pour ce roman et me suis revue lors de certaines situations amoureuses ou rencontre. Bref, un roman admirablement mené, touchant, avec lequel chacun ou chacune de nous peut s'identifier. Je me suis régalée.

jeudi 24 mai 2012

...rien ne justifie....

Chez JC Lattès 
En 2011
437 pages

Ombre et lumière tout comme la chanson de Bashung, voici l'atmosphère de l'oeuvre de Delphine de Vigan dans laquelle, l'auteur cherche à comprendre la souffrance de sa mère bipolaire. De Vigan décrit la famille de 9 enfants dans laquelle Lucile, sa mère, a grandi, les drames qui l'ont traversée, les secrets de famille; puis sa vie avec elle, sa propre enfance, ses émotions, les difficultés d'écrire, les recherches sur sa famille et sa mère pour répondre à cette question: Comment est née sa souffrance, puis la maladie, la folie? 
Il se dégage de ces 437 pages non seulement une envie de comprendre, mais aussi une immense tendresse d'une femme pour sa mère et surtout un grand sentiment d'impuissance face à la douleur.

Ce livre, (je me refuse de dire qu'il s'agit d'un roman comme il est écrit sur la 1ère de couverture...) a fait grand bruit sur la blogosphère et la contagion m'a gagnée au point qu'en me promenant dans une librairie à Arras, après la Noël, il m'a sauté dans les mains et ne voulait plus en partir!! Bon j'ai bien dû le payer quand même, ça aurait fait mauvais genre. Eh bien, je ne regrette pas du tout, c'est une oeuvre poignante qui laisse dans le coeur une emprunte forte et laisse à réfléchir pendant plusieurs jours. 

Cela fait une semaine que je l'ai fini et j'ai bientôt fini de lire le prochain livre (surprise), mais les pages raisonnent encore en moi... A lire et à relire!

jeudi 17 mai 2012

L'évolution de cette PAL qui ne cesse de grandir...

Vous souvenez vous qu'ici je vous avez révélé ma PAL. C'est un animal très gourmand la PaL d'autant plus quand les livres sont empruntés ou achetés à un euro ou moitié prix...
Voici donc les nouvelles bêtes:


Zola - La fortune des Rougons 
Zola - La curée
Zola - Le ventre de Paris
Zola - L’assommoir
Zola - Nana
Zola - Au bonheur des dames
Zola - Germinal
Zola - la terre
Zola - La bête humaine
Zola - L'argent
Zola - Le docteur pascal
Serge Lentz - Vladimir Roubaïev
Delphine de Vigan - Rien ne s'oppose à la nuit (en cours)
Louis Aragon - Aurélien
Sade - Les infortunes de la vertu 
Imre Kertész - Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas
Mario Vargas Llosa - Der Geschichtenerzähler
Alfred Döblin - Berlin Alexanderplatz
Vallès - L'enfant
Françoise Chandernagor - La chambre
Jacques Kerouac - Les clochards célestes
William Golding - Lord of the Flies
Gyles Brandreth - Oscar Wilde et le jeu de la mort
James Joyce - Gens de Dublin
Manfred Krug - Abgehauen
Georges Sempun - L'écriture ou la vie
Alain Badiou - Circonstances, 2
Heinrich Böll - Der Zug war pünktlich 
Heinrich Böll - Wo warst Du, Adam?
Friedrich Dürrenmatt - Der Richter und sein Henker
Friedrich Dürrenmatt - Der Besuch der alten Dame
Yasushi Inoué - le fusil de chasse
Gabrielle Alioth - Die Erfindung von Liebe und Tod
Annegret Held - Das Zimmermädchen
Lorens van der Post - Das Gesicht neben dem Feuer
Margaret Forster - Die Dienerin
Colette - la chambre d'hôtel
Colette - Chéri
Susan Hill - I'm the king of the castle
Bernt Engelmann - Wir Untertanen
Truman Capote - Früchtück bei Tiffany
Ingo Schulze - Simple Storys
les petits nouveaux :
David Foenkinos - nos séparations
David Foenkinos - la délicatesse
Marek Halter - Sarah (ça promet des envies de suite)
Kafka - das Schloss
Günther Grass - Der Blechtrommel
Connau zum Frühstück
Frank Mc Court - Eine irische Kindheit
Yael Hedaya - Zusammenstösse
Dan Brown - Sakrileg
La vie de pintade à Berlin ne compte pas dans cette liste puisque c'est un livre qui se lit entre deux un peu comme celui des arrêts de métro...

51 livres maintenant, j'en ai lu 4 cela me fait 47 de cette liste encore à lire... Sans compter que parmi ces livres, il y a des gros pavés... Conclusion: il faut absolument que j'arrête de traîner dans les librairies où ils abattent leur prix...

mercredi 16 mai 2012

Recueillement

Chez Actes sud
En 2003
Traduit du hongrois par
Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba
144 pages

Comment parler de ce roman qui est en fait un kaddish, une prière que l'on récite lors des enterrements, un long monologue dans lequel le narrateur justifie le "Non" qu'il a prononcé lors d'une conversation avec le philosophe Oblàth, non à la procréation, non à la vie en quelque sorte? Les questions derrière ce refus sont: comment vivre sa judaïcité, la vie après Auschwitz? Peut-on expliquer la shoah et comment? Peut-on vivre et donner la vie après avoir vécu une telle horreur, faut-il lutter, combattre pour la vie ou mourir? C'est une mort à petit feu que le narrateur a choisi, comme une sorte de non-état: à la force de son travail d'écriture, de mémoire, méthodiquement, il creuse sa tombe vers les nuages, alors que sa femme, qui deviendra son ex-femme, elle, a décidé d'emprunter le chemin iverse: elle a choisi la vie, la négation de sa judaïcité, la lutte, la procréation. On entre dès le début dans le vive du sujet très clairement exprimée à travers l'extrait du poème de Paul Celan: la fugue de mort:

"Assombrissez les accents des violons alors vous montez
en fumée dans les airs
alors vous avez la tombe dans les nuages on n'y est pas
à l'étroit"

"...streicht dunkler die Geigen dann steigt ihr als
Rauch in die Luft
dann habt ihr ein Grab in den Wolken da liegt man
nicht eng"

D'ailleurs, on peut trouver des parallèles entre Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas et le Refus où les narrateurs se trouvent dans un "non-état", refusent une nouvelle vie, refusent de lutter, demeurent dans un non état inhérent à leur souffrance...

Si le narrateur ne raconte presque rien sur sa vie au camp sinon que "Monsieur l'instituteur" lui donna à manger et se sacrifia pour lui; en revanche, il relate son enfance à l'internat qu'il décrit comme absurde, où la peur et la culpabilité prédominent... Un peu comme dans les camps, en somme, où l'on paye très cher le fait d'être juif; où l'absurdité et la peur sont omniprésentes. Le sentiment de culpabilité et le malaise prennent alors racine, enfoncent leurs griffes de plus en plus profondément dans l'âme dans un chant triste et lancinant. D'où le style aux nombreuses répétitions et aux phrases très longues composées d'enchevêtrements.

Non, Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas ne peut se lire sur une plage, ou un "page turner" et l'extraît du poème de Celan sonne déjà comme un avertissement. Bien que comportant un nombre de pages réduit, c'est une oeuvre qui se lit goutte à goutte et se pose entre deux pour réfléchir ou prendre des notes. A la fin de la lecture, je me suis sentie assez abbattue, réfléchissant sur la condition humaine, sur la place des hommes, sur le choix que l'on peut faire de vivre ou de mourrir à petit feu, sur la shoah, les crimes contre l'humanité et leurs conséquences. Je n'ai pas pu entammer un autre livre tout de suite après, j'avais un besoin vicéral de me recueillir.

Voici un passage qui a eu une résonance particulière en moi, à la page 62
"... elle demande que je la laisse enter dans [...] mon coeur, là elle regarde autour d'elle avec un sourire aimable et curieux, elle touche à tout avec ses mains délicates, elle aère les coins renfermés, époussette ceci, jette cela pour y mettre ses propres affaires, elle s'y installe joliment, confortablement et irrésistiblement, jusqu'à ce que je me rende compte qu'elle m'en a complètement chassé, si bien que c'est avec angoisse comme un étranger exilé, que je rôde autour de mon propre coeur qui ne m'apparaît plus que commeune lointaine porte fermée, comm aux sans-logis les foyers chaleureux des autres; et bien souvent, je ne pouvais réemménager que si je venais en tenant par la main une autre femme que j'installais à son tour." 


lundi 7 mai 2012

Un joli petit conte

Chez Reclam
En 2011
Première édition en France 2008

Mais si vous connaissez forcément le film avec Gérard Depardieu et Gisèle Casadesus, il date tout de même de l'année dernière ou même d'il y a deux ans. Ce film dans lequel Margeritte, ancienne institutrice donne la goût de la lecture à Germain, homme brute de décoffrage pas gâté par la vie. C'est une véritable aventure humaine qui s'engage ici, puisqu'il ne s'agit pas seulement de la lecture (Germain projette de faire la lecture à Margeritte lorsque sa maladie oculaire lui aura fait perdre la vue) mais de la découverte des sentiments et des émotions que Germain a toujours étouffé au fond de lui. C'est un très joli conte qui m'a changé de mes lectures sur la guerre et la cruauté humaine. Oui, je considère cela comme un conte, une histoire, pas du tout réaliste, selon moi, mais qui met du baume au coeur. J'ai trouvé pas mal de parallèles avec le Petit Prince. 
Voici quelques passages qui m'ont émue ou fait rire:

"Je savais lire, ça, bien sûr, puisque je connaissais mes lettres. Le problème, c'était le sens. Un livre, c'était un piège à rat pour ma fierté, un putain d'objet hypocrite, qui paraissait inoffensif, à voir comme ça." (p.63) 

"Au début, je trouvais Margueritte marrante. Et instruite, aussi, du point de vue de la conversation. Et petit à petit, je me suis attaché à elle par surprise. L'affection, ça grandit sous cape, ça prend racine malgré soi et puis ça envahit pire que du chiendent. Ensuite c'est trop tard: Le coeur, on ne peut pas le désherber au Roundup pour lui désherber la tendresse." (p.183)

"Le chagrin, parfois, ça vous tanne le cuir si profond qu'on est tout souple et doux après. (p125)


vendredi 4 mai 2012

Les carnets de Liebermann - fin?

Traduit de l'anglais par Michèle Valencia
A Paris : Chez 10-18,
En 2011

Voici le tout dernier opus des Carnets de Liebermann. Ida Rosenkrantz, cantatrice à l'Opéra de Vienne, est retrouvée chez elle inanimée. L'inspecteur Reinhard est confronté à cette enquête corsée, vu le nombre d'amants, et suspects, qu'avait la talentueuse et instable Ida. C'est ainsi que Reinhard et Liebermann cotoient les milieux les plus hauts, de Mahler, directeur de l'Opéra, jusqu'à l'empereur François Joseph en passant par Lueger, maire de la ville démagogue et antisémiste au possible. Le monde de la musique est encore plus présent que d'habitude puisque Liebermann se livre à une enquête parallèle sur Freimarck, décédé très jeune, qui composa un Lied à partir d'un poème de Goethe.

J'ai aimé découvrir Brahms, l'un de mes compositeurs préférés; les débats sur le rôle de la femme dans la société; l'énigmatique Amélia et l'ébauche d'une histoire d'amour avec le très attachant Max Liebermann; j'ai jubilé à l'hypnose d'un des chanteurs de l'Opéra par le psychiatre et son aide à Mahler, très critiqué par la presse; j'ai frémi à cet antisémitisme grandissant et aux signes avant-coureur de la première geurre mondiale et j'ai de plus en plus envie de découvrir Vienne!
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